Posté le 24.11.2007 par marchesurunfil
Elle le regarde. Lui, son aimé. Elle le regarde avec toute l'intensité du desespoir. Elle n'en croit pas ses yeux.
Il est là, devant elle, majestueux et calme. Concentré. Avec le regard attentif et inspiré d'un officiant.
Lentement, il éventre une cigarette et en répend le tabac sur la table. Puis il prend la boulette de shit et la passe sous la flamme de son briquet. Délicatement, du bout des doigts, il fait tomber les fragments chauffés dans le tabac.
Il se drogue.
Comment peux-t-il faire une chose pareille ?
Aussi stupide ?
Comment peut il lui manquer à ce point ?
Elle. Son amour. Sa vie. Son avenir.
Si simple, si clair, si évident.
Elle a seize ans.
Elle est une reine.
Encore dans un rêve d'enfant.
Elle l'aime. Il l'aime. Ils s'aiment.
Ils feront de belles études. Ils auront un bon travail, des enfants merveilleux, une maison à la campagne, des vacances à la mer, une vieilliesse pleine de parfums d'enfants et de confitures
Elle en était si sûre.
Et lui, que fait il ?
Il se drogue.
Mais pourquoi ?
C'est trop laid à la fin.
Se droguer. Pouah
Elle deteste ça. Se droguer, c'est lâche. C'est dégueulasse. C'est répugnant.
Encore, s'il avait décidé d'être un bandit d'honneur, ou un anarchiste, de rentrer dans les brigades rouges, elle aurait pu comprendre.
Le voilà qui s'est roulé un beau gros joint, et qui le fume, et qui prend une expression parfaitement débile, un sourrire de crétin détendu, de temps en temps il rit, et c'est affreux ce qu'il peut avoir l'air con.
Elle reste là, assise, attérée, encore quelques instants. Puis elle se lève et s'en va en courant.
Elle prend son vélo et pédale jusque dans la forêt ou elle s'arrête enfin, le coeur brisé.
C'est ça son grand amour ?
C'est ça son prince charmant ?
Et bien, il n'en vaut pas la peine.
Un vent glacé souffle sur son coeur.
Finies, les roses de l'enfance. Finis, les doux rêves. Finies, les certitudes.
L'avenir est noir, et elle est seule, face à son destin.
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Posté le 24.11.2007 par marchesurunfil
ls sont venus. Il y en avait plein. Des docteurs, et des infirmiers. Le médecin traintant, le médeçin de l'hospitalistation à domicile, les infirmiers libéraux, le service des soin de support, il y avait même la psychologue de Sainte Elisabeth, qui était là par hasard. Ils ont discuté, ils ont donné des coups de téléphone, mon pharmacien est monté, moi j'étais affalée dans le fauteuil, j'avais l'estomac tout brulé à cause de la radiothérapie, ça faisait sept jours que je ne pouvais rien manger et deux que je ne pouvais même pas avaler une gorgée d'eau, même pas avaler ma salive sans vomir bruyamment.
Ils ont mis sur pied une alimentation parenthérale. Il y avait la société qui fournissait le matériel, le pharmacien qui avait commandé les produits, les infirmiers liberaux qui se faisaient expliquer la manoeuvre. Le médecin traitant m'auscultait, le médecin de l'hospitalisation à domicile appelait le service de radiothérapie et le service des soins de support.
Ils avaient l'air content de m'aider. Ils avaient l'air de s'en donner à coeur joie. Ils se démenaient. Ils ne ménageaient pas leur peine.
Maintenant ils sont partis. Mais il y a encore l'infirmière qui va venir tout à l'heure pour me faire la chimio. Bououhouou. J'ai froid. Je me pelotonne sous mes couvertures. J'aimerai faire quelquechose pour me faire plaisir. Manger ? Sentir la chair d'une pomme sous ma dent ? Ce n'est pas possible. Aller faire un tour ? Je suis encore bien faible. Je me fais chauffer du tilleul, je mets les gorgées dans ma bouche et je les recrache. Prendre un bain ? Ce n'est pas possible car l'embout de la perfusion est restée fixée au portaquatre.
Je me recroqueville, je me blottis. J'attends.
La semaine prochaine, ça devrai aller mieux.
Je vais à la cuisine, je coupe un petit morceau de banane et le met à ma bouche. Je le mastique doucement puis je le recrache et me rince scrupuleusement. Je recommence avec un morceau de pomme. C'est si bon que soudain je fonds en larmes au dessus de la poubelle. Je pleure à gros bouillons pendant quelques instants, puis je me reprend et me rince à nouveau la bouche.
Croyez vous que le ciel me pardonnerai cet instant de gourmandise ? Vous rêvez ! Les quelques traces de sucre qui ont pénétré mon estomac se traduisent rapidement en gros spasmes et je vais encore une fois m'effondrer sur les toilettes pour vomir de la bile brune.
Je retourne m'étendre sur mon lit. Merde à la fin. Je m'enroule .Je m'endors. On sonne. C'est l''infirmière pour la chimio. Humm.La chimio. Allons y pour la chimio. Mais après je vais dormir. M'enfoncer dans le someil. Ne plus rien chercher à comprendre. Retourner à l'innocence. Tout oublier.
Posté le 21.11.2007 par marchesurunfil
J'étais en quatrième. En revenant du lycée, souvent il y avait un groupe de garçons qui m'attendaient et qui me criaient quand je passais : « Elle a pas de soutien gorge, elle a pas de soutien gorge » Effectivement je ne portais pas de soutien gorge, car je n'en avait pas besoin. J'en ai d'ailleurs jamais eu besoin. C'était un peu déplaisant, mais c'est la vie, personne n'est parfait.
J'étais la fille du directeur du centre de recherche, et dans un petit bled, ça ne passe pas inaperçu. Les gauchistes me regardaient de travers. J'étais aussi la fille la plus mal sapée du lycée, en plus d'être plate comme une planche à repasser. Ma mère me refilait les fringues qui avaient appartenu à ma soeur ainée, qui les tenaient de notre grande cousine, et je me rappelle d'une grande jupe plissée immonde à carreau qui m'arrivait au genoux, quand c'était la mode des minijupes. Je la portait avec des soquettes qui me tombaient sur les mollets. Par dessus le marché, j'étais affligé d'un minivélo impossible. Mon père l'avait acheté quand j'était en sixième, pensant les regler au fur et à mesure que je grandissais, seulement voilà, il était coincé, et on a jamais pu le remonter.
Ca aussi, c'était la vie.
Voilà que je me suis mise à faire partie d'un groupe de musique après les cours. De fil en aiguille, je me suis mise à travailler des morceaux avec un garçon plus agé que moi, qui devait être en seconde ou en première. Il faisait de la guitarre et moi de la flute. Il s'appelait Patrick.
Patrick était le leader des grèves le plus en vue. Pendant les manifestations, c'est lui qui organisait les assemblées générales. Il était grand, il était beau, il portait une veste en peau de mouton retournée, le Kéfié Israélien, des Jeans à patte d'éléphant délavée marquée de grands peace and love. Il avait de beau cheveux longs, frisée, qui tombaient sur ses épaules. J'était très intimidée.
Nous ne nous parlions pratiquement pas, nous arrivions dans la salle et après un bref salut, nous ouvrions nos partitions. Et puis pendant une heure, nous jouiions sans arrêts. On s'éclataient, pour tout dire. Pendant deux ou trois ans, nous nous sommes retrouvés une a deux fois par semaines pour faire de la musique. Nous n'avons pas échanger trois mots.Il m'intimidait terriblement.
Je l'ai retrouvé deux ou trois ans plus tard, après le bac. Il était devenu le meilleurs ami de mon copain. Nous sommes partis tous les trois en vacances au Portugal. Bonjours les vacances. Mon copain et lui, ils étaient tout le temps défoncés. On roulaient comme des fous, on se baladaient tout nus dans les champs, on passaient des soirées dans des cafés à discuter avec des gens. On dormaient dehors, juste dans nos duvets. Bref, on se la jouaient jeunesse débridée.
J'étais très attachée à mon copain. Mais, un jour, je ne sais comment ça s'est passé, ça s'est fait d'un coup, sans préméditation. Dans la voiture, avec Patrick, nos regards se sont croisés dans le rétroviseurs. En fait, nous nous sommes surpris l'un l'autre. Depuis toujours, on ne se regardaient jamais dans les yeux. On s'est mis à se désirer comme des malades et à la première occasion, on a fait l'amour. Mais c'était comment dire, comme si c'était dans une autre dimension. Comme si ça n'avait rien avoir avec les reste. Comme si ça devait se faire, mais que ça n'avait pas d'importance.
Mon ami fut très choqué, car il s'en aperçu, et il fallut qu'on lui jure qu'on ne recommencerait jamais. D'ailleurs c'était la vérité, on n'avait pas l'intention de recommencer. Je lui jurais que je l'aimais lui, et pas Patrick, et c'était la vérité. On lui dit que ça nous avait prit comme ça mais que c'était n'importe quoi et qu'on regrettait mais ça c'était pas la vérité.
Ensuite on a échangé encore un vrai regard avec Patrick, et après on a recommencé à être comme on avait toujours été l'un avec l'autre : assez froids.
Posté le 21.11.2007 par marchesurunfil
C'est moi, la goule, c'est moi le monstre, le batracien baveux. Je me glisse dans vos rêves, visqueuse, avec des battements de grenouille, et je ris ! M'entendez vous ? Je vous appelle, de mon cri, mélange de la Hyenne et du crapaux buffle au printemps. Je ne sais même pas ce que je veux, j'appelle, est ce un rut ? Est ce une mise à mort ? Ou plutot les glapissements de la folie. Je suis sortie du sens, j'ai sombré dans le non sens, et je cours, je galope, sensible seulement à l'acceleration, a la destruction, à la pulsion. J'ai mordu dans la chair, à pleine dent, dans la votre, dans la leur, la chair vivante, en hurlant ma jouissance aveugle, dépassée, débordée, emportée par cette jouissance douloureuse, comme un raz de maré, un tremblement de terre.
Je suis la mort, et je ris, je suis l'enfantement, et je ris. Et je suis l'audelà, la destruction des mondes, l'orgasme divin. M'entendez vous, au fond de la nuit, au fond du néant, dans les sombres fosses ? Sans pitié, sans langage, sans fond, la jambe flageolante, hagarde, pissant son urine tiède, chiant sa merde abondante, odorante, sans le savoir, n'importe ou, n'importe comment, la langue pendante, s'arrêtant un instant, suspendue.
Ce que je veux, c'est vous. Vous tous, vos corps, vos rêves, à jamais, dans une épouvantable éternité! La possession des temps. Tous, tous les êtres, tous ceux qui ont vécu, tout ceux qui vivrons, Les emporter dans ma course hurlante vers des étoiles mortes.
Le feu, la boue, on modelé mon âme sans mémoire, et je vais, immortelle, ebranler dans ma course éhontée les pilliers de la nuit.
Posté le 18.11.2007 par marchesurunfil
Aujourd'ui je me suis réveillée à cinq heure. Je me suis levée pour me préparer un tilleul. A la radio j'ai entendu une émission sur les grèves des étudiants. Alain Finkelkraut traitait les étudiants grévistes de séniles. Et Finkelkraut, lui, il incarne l'éternelle jeunesse de l'esprit et de la culture comme d'habitude.
J'ai éteins la radio. Les enfants se sont réveillés, puis sont partis à l'école. Une amie est passée me voir. C'est une fille qui a un doctorat de physique nucléaire, et qui ne trouve pas de travail parce qu'elle n'est pas française. Alors elle fait des ménages et du soutien scolaire. Elle a droit de rester en France parce qu'elle est mariée, mais il faut qu'elle fasse sans arrêt la preuve que ce n'est pas un mariage blanc.
Je suis descendue faire mes courses, il y avait une dizaine de flic sur le boulevard, qui inspectaient tout ce qu'il y avait dans les poubelles. Ils regardent si les particuliers ne descendent pas leurs poubelles avant dix neuf heures, et si les commerçants n'utilisent pas les poubelles des particuliers alors qu'ils doivent louer leurs propres containers. Depuis qu'ils ont finis les travaux du tramway, il y a sans arrêts des flics sur le boulevard. Normal, dès qu'une voiture s'arrête quelquepart, ça bloque toute la circulation. Alors il y a une présence policière permanente,ce qui paraît légèrement exagéré, voir un tantinet ridicule.
Puis je suis allée à la radiothérapie. J'ai demandé aux secrétaires, aux infirmiers, aux médecin, à l'ambulancier s'il ne voulaient pas un petit chat. ( J'ai quatre petits chats à la maison et ils commencent à grimper sur mon lit. )
Ensuite, je me suis préparé un repas très leger, un carré de colin, du riz et des épinards cuits à la vapeur. J'ai mangé ça très doucement, en machant très lentement. Ca allait bien, mais tout d'un coup, j'ai tout vomi.Ca fait trois jours que je vomi tout ce que je mange.
Après j'ai travaillé, et puis mon fils cadet est rentré de l'école. Je l'ai laissé regarder c'est pas sorcier à la télé, puis je l'ai aidé à faire ses devoirs.
Il s'est mis à pleuvoir. Une pluie froide, presque de la neige. J'ai rentré le linge.Il faisait nuit.
Posté le 18.11.2007 par marchesurunfil
Enfin un après midi à ne rien faire. Dormir. Ne penser à rien. Lire. Ecrire un article pour mon blog. C'est terrible de devoir se démener comme ça. Entre les séances à l'hopital, mon travail, les courses, les repas. Ca devient dur. J'ai envie de ne rien faire à part la planche, le minimum d'efforts. Il fait froid. Un beau soleil d'hivers. Je voudrais bien cesser de me battre sans arrêt. Cette année, il faut que j'ai 800 heures de travail pour pouvoir m'arrêter cette fois, une bonne fois pour toute. Mais quand on est intermittente du spectacle, ce n'est pas si facile de faire 800 heures dans une année, même si cela ne correspond qu'à un mi temps, et que dieu merci, je travaille à la maison. J'ai réussi à passer cadre, ce qui va me permettre de toucher le complément invalidité des caisses du spectacles. Tant que j'étais agent de maîtrise, je n'y avais pas droit. J'ai mis un temps fou à le savoir. C'est horriblement compliqué d'avoir des renseignements fiables sur ce sujet .
Hier, je suis allée au marché de la Plaine avec mon fils cadet. Nous avions mis les petits chats dans le panier à roulettes. Ca fait trois semaines que je mets des annonces pour les caser, les autres années ça marchait pas mal, mais là, rien. Alors j'ai tenté le tout pour le tout. On s'est placé dans un coin au soleil, avec les petits chats dans les bras, et j'ai fais de la retape. Vous voulez pas un petit chat ? Je vous le donne. S'adresser principalement aux femmes seules d'une trentaine d'année. J'ai réussi à en caser trois. J'en ai gardé un pour le ramener à la maison pour qu'il tête un peu. Sinon, la chatte va avoir les mamelles toutes dures. Il va falloir que j'y retourne la semaine prochaine.
Cette année, je vais devoir faire opérer la chatte. Ca me fait de la peine. Si j'étais en bonne santé, je ne le ferai pas. Mais je ne me sens plus trop, de me planter au milieu du marché pour fourguer des petits chats.
Posté le 14.11.2007 par marchesurunfil
D'abord, elle voulait faire de la danse, mais ses parents voulaient qu'elle fasse des mathématiques. Alors elle avait fait des mathématiques. Elle s'était bourée le crane de fonctions, d'équations dans des espaces à huit dimensions, de différentielles et de logarythmes. Et puis en deuxième année de fac, elle avait craqué. Les mathématiques, elle s'en fichait. Ca ne l'interessait pas. Ca ne l'avançait à rien. Elle voulait connaître l'aventure, la vrai vie. Elle eu l'occasion jouer dans un film pour le cinema avec un grand metteur en scène. C'était passionnant, des gens nouveaux, séduisants, aventureux, romantiques!
Mais voilà qu' elle était tombée amoureuse du petit copain du metteur en scène. Elle n'avait pas l'habitude des homosexuels, alors elle s'était pas rendue compte. Elle ne faisait pas attention, et se montrait méprisante sans en avoir conscience. Pour elle, l'homosexualité, ça comptait pour du beurre, ce n'était pas sérieux. Du coup, elle n'hésitait pas à draguer le jeune homme au nez et à la barbe du vieil intellectuel. Celui ci l'avait mal pris, et il l'avait virée à la fin du film sans lui dire pourquoi. Elle n'avait rien compris.. Elle était tout à fait desespérée et se demandait ce qui s'était passé.
C'était pourtant pas compliqué.
Par la suite, elle s'était engagé dans un cirque qui faisait une tournée au Koweit. Elle devait plonger dans un aquarium, avec un requin. Mais pendant la tournée, le requin était mort. Et le directeur du cirque s'était sauvé avec la caisse..
Plus tard, elle s'était mariée sous le régime de la comunauté avec un joueur de hockey sur glace qui la trompait mais qui lui avait quand même fait trois garçons coup sur coup. Après quoi il était devenu skizophrène. Elle, elle était toujours folle de son corps, mais lui, ne s'interessait plus qu'au motif de la tapisserie. Elle a beaucoup souffert.
C'est là qu'elle a commencé son analyse qui a duré quinze ans.
Posté le 14.11.2007 par marchesurunfil
C'était un dimanche après midi à Lyon, je devais avoir vingt et un ans. J'avais répété toute la journée Je faisais un clown largement inspiré de Oliver Hardy, et là je rentrais. Les rues étaient à peu près desertes. Un homme se mit à me suivre, un immigré. Je ne sais pas pourquoi, je me mis à faire des grimaces, je me remis à faire Oliver Hardy, pensant le distraire de ses éventuelles pensées lubriques. S'il s'apercevait que c'était en fait un clown qu'il suivait, et non une femme, il me laisserait en paix. Je l'entendis rire derrière moi. Un peu plus tard, me retournant, toujours en faisant le clown, je m'aperçus que j'était suivie par une dizaine d'immigrés hilares. Alors je me tournais vers eux, et continuait mon numéro, pour le plaisir. Je provoquais un petit attroupement de types. Ils avaient l'air ravis. Au bout d'un moment je les saluais, et ils applaudirent à tout rompre. C'était un moment leger comme une bulle de champagne, un moment de grâce. Je les saluais de la main, et ils me laissèrent partir, parce qu'ils avaient compris que je suis un oiseau du ciel, et que nul ne peut m'attraper
Posté le 11.11.2007 par marchesurunfil
Elle était étendue sur le lit. Elle lisait. Enfin, elle essayait de lire. Christian prennait sa douche. Il restait toujours une heure dans la douche, c'est fou ce qu'il pompait comme eau. Il disait j'en ai pour cinq minute, je prend ma douche, mais en fait il restait au moins une demie heure la dessous. Ca l'ennervait un peu. Ca la deconcentrait. Cinq minutes, c'était cinq minute, et une demie heure, c'était une demie heure. Alors pourquoi dire: « J'en ai pour cinq minute, si en fait, on en avait pour une demie heure ? »Il n'avait qu'a dire: « J'en ai pour une demie heure »C'est vrai, il y a des mots qui veulent dire quelquechose, autant les utiliser correctement.Si quelqu'un vous dit : « J'en ai pour une demie heure, vous savez que vous avez une demie heure devant vous, et vous pouvez décider de faire, par exemple, du tri dans vos papiers. Une demie heure, c'est le temps qu'il faut pour faire du tri dans vos papiers. Si vous n'avez que cinq minutes devant vous, vous n'allez pas vous mettre à trier vos papier, ce n'est pas suffisant, En cinq minute, on a juste le temps par exemple, de passer un coup de balai dans la chambre, ou de se couper les ongles de pieds, ou de changer la litière du chat, ou d'étendre le linge, ou de vider le lave vaisselle, ou de se laver les dents. En cinq minute, on n'a pas le temps de passer un coup de téléphone à une amie. Ce n'est pas suffisant. Le temps de chercher son agenda, qui comme par hasard n'est pas à sa place, le temps de parler d'une chose l'autre, les cinq minutes sont passées et vous n'avez pas le temps d'aborder les choses vraiment interessantes avec votre amie, et le coup de téléphone ne sert à rien. Donc, comme on vous a dit, j'en ai pour cinq minute, vous commencez par vous couper les ongles de pieds, puis, comme l'autre est toujours sous la douche, vous passer un coup de balai dans la chambre ( ce qui tombe bien, parce que vous avez fichu des ongles de pieds partout ), puis, comme l'autre n'est toujours pas sorti de la douche, vous changez la litière du chat, puis en desespoir de cause, vous vous mettez à étendre le linge, puis à vider le lave vaisselle, et vous finissez par vous laver les dents. Et quand finallement, le Christian en question sort de sa douche, frais et dispos et de très bonne humeur, vous vous êtes tapé toutes les taches ménagères et vous êtes excédée. En plus vous vous dites que vous êtes idiote ce qui n'arrange pas les choses.
Donc, quand Christian disparaissait dans la sallede bain au moments ou ils devaient sortir pour aller manger dehors, en claironnant à tout va: « J'en ai pour cinq minutes » Estelle ne se jetait pas sur les ciseau à ongle ou sur le balai. Elle restait tranquilement à lire, comme si elle avait eu tout son temps devant elle. Mais elle n'y arrivait pas. Elle était déconcentrée. Quelquechose en elle lui disait qu'elle ferait peut être mieux d'aller changer la litière du chat, que ça sentait pas bon, que de toutes les manières, il faudrait bien le faire, alors pourquoi pas maintenant. Elle regardait le sol de la chambre et ne pouvait s'empecher d'y voir de gros moutons de poussière tout à fait dégoutant. Elle pensait au linge qui restait dans la machine à laver et qu'il faudrait bien étendre. Elle se disait : « Aliéné, je suis une femme aliénée, je n'arrive pas à bouquiner tranquilement car je pense à toutes ces choses, ces choses me hantent, quand l'appartement est sale j'ai l'impression que c'est mon corps qui est sale, je ne peux me dissocier, je ne peux respirer tranquilement quand quelquechose ne va pas dans l'appartement, quand quelquechose ne va pas dans l'appartement, il y a une voix qui m'appelle, qui me le reproche, c'est insensé. On dirait que je suis un être humain croisé avec un elfe de maison, vous savez, les elfes de maison, dans Harry potter, au fond de moi il y a un elfe de maison qui sommeille, moi qui m'imagine que je suis une femme libérée, j'en suis là. Je suis couchée sur le lit, j'essaye de lire, et je reste les yeux fixé sur un gros mouton de poussière qui semble m'appeler. Hou hou, vient me balayer, c'est la honte, un gros mouton de poussière comme ça dans un coin de la pièce; et en plus dès qu'il y en a deux après ils se reproduisent et il y en aura partout, et ce sera ta faute, ce sera ta faute. Et Estelle n'arrivait pas à lire, elle pensait que Christian, lui ne s'embarassait pas pour si peu, quand il rentrait, il se laissait tomber sur le canapé, et ôtait ses chaussures qui restaient là au milieu du salon, comme c'est décoratif une paire de chaussures au milieu du salon, c'était comme s' il lui plantait un coup de couteau en plein coeur. Et elle le haissait alors, elle le haissait, un jour elle le tuerait, à cause de ça, rien qu'à cause de ça, cette façon d'ôter ses chaussures et de les laisser trainer au milieu du salon, si tout les mecs qui font ça se prennait un bon couteau de cuisinne dans le coeur ou entre les omoplates après ils feraient plus attention, ils auraient tôt fait de ranger leurs pompes dans le placard au fond du couloir. Ah Ah Ah, ça c'était rigolo comme idée, dommage qu'on pouvait pas le faire pour de vrai, et à ce moment là Christian est sortit de la douche et lui a demandé « Pourquoi tu ris » Elle dit: « pour rien, c'est une copine au boulot qui m'a raconté que quand son mec laissait trainer ses chaussures dans le salon elle avait envie de le tuer. ». « Ben dis donc s'est une enragée ta copine ». « Ouais c'est une enragée ». La dessus Christian retourna dans la salle de bain pour prendre les ciseaux à ongle et commença à se les couper bien tranquilement, et Estelle le regardait faire, il prit la balayette et jeta les ongles coupés dans la poubelle, puis toujours aussi tranquilement, il s'habilla. Estelle le regardait toujours. « Qu'est ce que tu as, pourquoi tu me regardes comme ça » dit Christian « Pour rien » dit Estelle.Puis au bout d'un moment elle lui demanda: « Au fait, Karl Marx, il a bien dit qu'une révolution, ça ne pouvait se faire que dans la violence » ? « Oui, il a dit ça dit Christian, pourquoi, tu veux faire la révolution ? » Estelle fit la moue : « Non, moi, j'envisagerai plutot de prendre la fuite ». « Tu veux partir au bout du monde » dit Christian, « ça c'est cool et bien moi, je suis d'accord, je pars avec toi si tu veux. »
Il était comme ça Christian, il prennait ses aises, et il ne se rendait jamais compte de rien
Posté le 10.11.2007 par marchesurunfil
Depuis la classe de sixième, j'étais amoureuse de Henri Lepic. Je pensais à Henri Lepic dès que je pouvais. C'était mon délice à moi, de rêver que j'avais un accident d'avion et que je me retrouvais dans une île deserte avec Henri Lepic, de me promener sur les sentiers du bois avec mon vélo en imaginant que j'allais rencontrer Henri Lepic. Je poursuivais naîvement et stupidement Henri Lepic de mes assiduités, passant sous ses fenêtres le plus souvent possible en espérant l'apercevoir sur son balcon. Je grandissais en bêtise et en maladresse, et j'étais toujours amoureuse de Henri Lepic, en quatrième j'étais amoureuse de Henri Lepic, et en troisième, et jusqu'en seconde.
En seconde, je m'inscrivis au cours de tennis car Henri Lepic y était. Cet fois, il commença à se douter de quelquechose. Arriva le printemps. Je fréquentais avec assiduité les cours de tennis, vêtue d'un petit polo et d'une petite jupe blanche que j'avais choisis avec soin, moi qui d'habitude ne faisait guère attention à ma toilette. En réalité, Henri Lepic en avait rien à fiche de moi, et m'évitait tant qu'il pouvait, quand il ne pouffait pas de rire avec ses copains quand il me voyait arriver.
Je décidais de lui demander de jouer avec moi, mais je n'y arrivais pas. J'étais bloquée, c'était trop dur. Mais il fallait que j'agisse. Je ne pouvais pas rester comme ça. Je m'adressais donc au meilleur ami d'Henri Lepic. Je m'approchais de lui, le saluais, et voulu lui dire comme, ça, tranquilement: « tu ne voudrais pas demander à Henri Lepic de faire une partie avec moi ? » Mais la phrase ne sortis de ma bouche que sous la forme d' un gargouillement inaudible. Hein!!!! dit l'ami d'Henri Lepic. Et gentillement, il se courba vers moi pour que son oreille soit proche de ma bouche. Je réitérais mon lamentable gargouillement, d'une voix basse et coincée dans la gorge, mais plus lentement, pour qu'il puisse entendre , cette fois.
L'ami d'Henri Lepic se redressa et me regarda avec attention pendant un petit moment. J'étais là, devant lui, absolument ridicule et rouge comme une tomate. Alors il dit doucement. « Henri ne peux pas jouer avec toi pour le moment, il est déjà en train de jouer avec quelqu'un, mais si tu veux, tu peux jouer avec moi. »
Une lumière aveuglante entra dans mon esprit. Une évidence s'imposa à moi avec violence. Je crois que je dus rester un instant bouche bée, avant de reprendre mes esprits.
En un quart de seconde, j'avais cessé d'être amoureuse d'Henri Lepic, et j'étais tombée amoureuse d'André Lemoine.