C'était le raid, la chevauchée fantastique. Chacun avait un rôle à jouer, une charge à porter. Moi qui devait avoir 7 ans, j'avais un espèce de sac blanc à porter, assez gros, avec des poignées qui me cisaillaient les mains. Et il fallait que je cavale pour ne pas les perdre. Papa avec deux grosses valises, Maman qui portait Manu qui pesait 3 tonnes , Catherine avec la petite Suzie et une valise ( La petite Suzie trottait de toutes ses forces, concentrée, avec de la bave qui brillait sur son menton ), et Jo qui maugréait tant qu'il pouvait avec une valise qui trainait par terre et un gros baluchon dans l'autre main. Il fallait trouver le bon train, le bon quai, dans la cohue. C'était effarant, ça ressemblait à un exode, alors que ce n'était que les vacances de Noël après tout. Quelle aventure !
Quand on avait enfin trouver notre wagon couchette, le plus dur était passé.
Il a neigé cette année là, neigé, le hangard du chasse neige s'est effondré. On ne pouvait plus passer par la porte de la maison, on était sortis par les fenêtres du premier étage. C'était bien amusant, pour nous, les enfants. A la station, les gens creusaient pour trouver leur voiture, les couples se disputaient, certains, exténués, s'appercevaient qu'ils venaient de deterrer la mauvaise voiture, qu'ils n'avaient plus qu'à recommencer. Quantitée de voyageurs étaient restés bloqués dans la garre de bourg saint Maurice.
Au bout de quinze jours, il fallut s'en aller, c'était la triste règle du jeu. Le problème, c'est qu'il neigeait toujours. On n'y voyait rien, le brouillard s'était mis de la partie. Le gros car est arrivé, nous avions collés tous nos bagages dans la soute, il n'y avait pratiquement que nous dans ce car, et dehors, et bien c'était tout blanc. Le chauffeur a démarré, mais ce n'était pas possible. Nous pouvions tout aussi bien nous coller dans le fossé. Alors papa a pris les choses en main. C'était un type comme ça mon père, le genre à prendre des décisions, à s'imposer dans les situations difficiles.
Il est descendu du car, et il marchait doucement a quelques mètres devant, parfois en faisant des gestes pour qu'on s'arrête, le temps d'être certain qu'on était bien sur la route. Nous étions tous collés contre maman, les yeux rivés sur notre père à tous. Maman était très inquiette, elle disait que le car pouvait glisser sur une plaque de verglas et écraser papa, qu'il était très courageux.
Je revois ça comme si c'était hier. Mon papa, tout emitouflé avec son anorack bleu, son pantalon de velour à grosse côte, ( il portait des collants en laine dessous, pour que ce soit plus chaud ), ses chaussettes de ski tricottées par mémé, des grosses chaussures de cuirs, et sur la tête, sa cagoule à ponpon. Il se dessinait sur une immensité blanche et cotoneuse dans un grand silence neigeux, un peu comme une espèce de grand schtroumf bleu.
J'étais éperdue d'admiration.
Ton texe m'a fait très plaisir, car ces équipées font partie de mes meilleurs souvenirs. Et tu fais parfaitement revivre ces moments. C'est super chouet !
Je découvre ton blog. Bravo pour ton humour! Je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais tu m'as fait rire, je reviendrai.
mais quelle énergie il fallait dépenser pour sortir de la routine des jours et réaliser un merveilleux projet à la neige...riche en péripéties
inpubliables.