e suis cachée sous le lit et j'en rage. Non mais je vais vous raconter ce qu'il y a, vous allez me dire, vous, ce que vous en pensez. Bon, ben voilà, y'a ma soeur, madame ma grande soeur, la chouchoute de mes parents, qui révise son bac, et quand madame ma grande soeur révise son bac, moi, je dois décaniller de la chambre, je veux dire de ma chambre quand même, car c'est aussi ma chambre, ne l'oublions pas, sous prétexte que je fais du bruit et que je la déconcentre. Comme si j'étais une gamine agitée, et que je n'étais pas capable, moi aussi, de rester à mon bureau à lire et à copier des trucs sur des bout de papiers.
Alors je me suis planquée sous le lit et je ne bouge pas car ça me révolte. Qu'on m'oblige à sortir de ma propre chambre. Je ne moufterai pas de l'après midi entière, mais je resterai là, convulsée de colère. Je ne lacherai pas une parcelle de terrain. Je me ferai plutôt massacrer sur place.
Zut, qu'est ce qui ce passe, voilà l'autre, la grande soeur qui se lève et regarde sous le lit. Elle rigole, l'air gentil ( elle a toujours l'air gentil, mais il ne faut pas s'y fier ) Elle dit : je t'ai entendue respirer.
Oh voilà, elle m'a entendue respirer, et ça la déconcentre ! Elle appelle maman ! Nia nia nia nia nia nia nia nia, maman veut que je dégage de la chambre, mais qu'est ce qu'elle croit, que je vais obeir comme ça comme un gentil petit mouton prêt à se faire tondre ?
Et bien elles s'y mettent à deux, maman tire sur mes jambe, ma soeur me chatouille sous les bras pour m'obliger à lacher les pieds du lit auquel que m'accroche fermement. Ah les carnes !
Me voilà dans la chambre des garçons, enfin, il y a tout le monde dans la chambre des garçons, les garçon, ma petite soeur et moi, je remâche salement mon amertume.
C'est salement dégouttant quand même, ma mère et ma grande soeur, elles sont toujours d'accord entre elles. Il faut les voir le soir, quand maman vient nous dire bonsoir, elles parlent toutes les deux comme des pies dans le noir, et on entend même pas ce qu'elles disent, pourtant je tends l'oreille, raide de jalousie, et bien on entend chuuiuuuiu tut tut chuuuuiuiuuuuuuuuui chuuui tut tut chuuuuui tut tut, à croire qu'elles le font exprès pour m'embêter, où alors que ce qu'elles disent est particulièrement idiot. C'est bien possible car il y a certainement plus de sentiments et de pensées vraiment humaines dans ma petite tête à moi que dans leurs deux têtes réunies, il faut les entendre quand elles chantent , ensembles, des chants sortis de je ne sais ou, avec leurx voix de vierges prépubères, on dirait deux brebis en train de bêler lamentablement, sainte nitouche § sainte nitouche and Co, ça me fait rigoler en douce.
En attendant, elles se mettent d'accord, et elles décident de tout. De tout, par exemple de ce qu'on va manger ce soir, elles discutent, elles se mettent d'accord, et après elles me disent, d'un petit ton sec, denise, tu vas peler les pommes de terre. Ma cache ouallou, elles ont qu'a les peler elles même, leur pommes de terre, moi, je disparais dans les toilettes, moi je fais si je décide, si je decide je fais,mais je vais pas leur obéir, j'en veux pas de leur petit univers parfait tout repeint en rose.
Et ma grande soeur, elle a sauté une classe, d'accord ? Et bien quand la maîtresse a convoqué ma mère pour lui proposer que je saute une classe, ma mère, elle a dit non. Non.
Et vous savez pourquoi ? Elle a dit que j'étais trop imature, et bien elle ferait mieux de se regarder dans une glace. Sans rire, vous la verriez, ma mère, vous lui donneriez six ans et demie à ma mère tant elle a l'air innocente, c'est incroyable ce qu'elle peut avoir l'air innocente. Elle a de grands yeux innocents, une bouche innocente, tout innocent, et en plus elle est très jolie, mais ce qui ce dégage d'elle, le plus fort, c'est l'innocence. Quand à ma soeur, elle a plein de boutons, des nattes, et de grandes jupes plissées pas du tout à la mode. Et moi, je suis immature. Sans rire, je le crois pas. Il y a plus de méchanceté, d'envie, de ruse et de maturité dans mon petit doigt que dans ces deux godiches réunies. Je les deteste. Et si moi, je voulais sauter une classe, hein? Alors ma soeur, elle saute une classe et pas moi ? Ma soeur elle décide de ce qu'on va manger à midi et moi je pèle les pommes de terre ?
C'est dégueulasse.
Ne t'inquiète pas, j'ai survécu à cette lecture. J'ai bien rigolé à certains passages, celui de la séance de chant en particulier. Bisous.
mais quel humour, que c'est drôle et bien mené.