C'était une jeune femme pleine de vie qui s'était mise à la colle avec un pervers dépressif. En plus il était alcoolique. C'était un type très séduisant qui aimait faire le beau parleur, étaler ses idées morales et politiques de gauche. Il parlait d'un ton très docte, un ton de professeur, qui donnait l'impression aux autres qu'il en connaissait un rayon, même s'il ne disait qu'un tissus de banalités. Elle avait été séduite par sa prestance, et même si elle avait conscience au fond qu'il avait quelquechose qui n'allait pas rond, elle pensait pouvoir le changer, à force de patience, de sollicitude. Pendant les deux premières années qu'elle passa avec lui, elle ne remarqua rien, ou des petites choses mais qui semblaient anodines et sans relations les une avec les autres. Elle devait passer un examen et lui faisait tout pour l'empêcher de travailler. Elle dut s'enfuir pour réviser chez ses parents. Il se gaussait de ses gouts en matière de vêtements, et lui, si jamais il lui offrait quelquechose, c'était quelquechose de particulièrement affreux qu'il déclarait etre le sommet du bon goût.
Alors qu'elle avait réussit ses examens, il disait à tout le monde qu'elle les avait ratés. Il lui reprochait d'être gaie, alors que lui était triste, pour des raisons existentielles. Elle n'y faisait pas trop attention. Elle le laissait dire, cependant, par exemple, elle faisait moins attention à la façon dont elle s'habillait puisque de toute les façons, quoi qu'elle mette, il se foutait d'elle.
Il était toujours déprimé. Il fallait toujours lui remonter le moral. Elle y mettait toute son énergie. Il était charmant à certains moments. Très soucieux de son indépendance et de sa liberté, mais charmant. Pour rire, il l'appelait grosse nouille, femme stupide, lui disait qu'elle avait un gros cul, qu'elle avait de la chance d'être avec un mec comme lui parce qu'elle, elle n'était franchement pas bien roulée. Elle eut le malheur de le pousser à reprendre ses études. Dès qu'il obtint l'examen souhaité, il n'admit plus qu'elle le contredise. Il était de plus en plus insultant avec elle. Elle attendait un bébé. Il redevint charmant et la poussa a arrêter son travail, elle ne devait pas se faire de soucis, il subviendrait seul aux besoins de la famille. Franchement, il n'avait jamais été aussi attentif et délicieux. Elle se laissa faire, elle pensait pouvoir profiter de ses moments de libres pour se mettre à peindre. Il lui installa un coin dans la maison pour que ça lui serve d'atelier.
Quelques mois après la naissance du bébé, il eût une aventure avec une autre femme. Plus elle lui demandait des explications, plus il l'insultait, il se foutait d'elle : tu as qu'a te barrer si tu veux, tu sais que si tu n'as pas de revenus, on ne te confiera pas la garde de l'enfant ? Puis le lendemain il lui demandait pardon, lui disait qu'il l'aimait, lui jurait qu'il allait l'aider à devenir peintre. Il lui faisait l'amour comme un dieu. Un mois après il se facha pour un mobile ridicule, sortit et ne revint que le lendemain matin, ivre mort, lui disant qu'il était allé voir les putes, que toutes les femmes étaient des putes, qu'elle aussi était une pute.
Elle essaya d'en parler un peu a ses copines, pour essayer d'y voir plus clair, mais elle avait du mal a tout raconter. Elle avait honte, et en plus, même pour les petites choses, personne ne la croyait.
Comme elle ne travaillait pas, elle n'avait pas d'argent, même pas pour se payer la crèche. Elle avait de plus en plus honte d'elle même. Même si elle avait trouvé un travail, comment aurait elle pu s'organiser si vite ? Et puis elle aurait gagné quoi, juste de quoi payer la gardienne. Le petit lui prennait la tête. elle avait quoi ? le temps de peindre deux heures par jour, mais qu'est ce que ça veut dire, peindre deux heures par jour si on ne lit pas, si on ne va pas voir d'expos, si on ne voit pas les gens qu'il faut ? Elle espérait que ça allait se tasser que l'enfant serait plus sage, qu'elle aurait plus de temps. Mais elle n'avait jamais plus de temps. Son compagnon la laissait se débrouiller. Il partait du principe que comme il travaillait, il n'allait tout de même pas l'aider par dessus le marché. Il rentrait de plus en plus tard de son travail, sans donner d'explications. Il s'arrangeait quand même pour lui faire sentir qu'il avait d'autres femmes dans sa vie. Le dimanche, il lui faisait des scènes, comme quoi il s'emmerdait avec elle, il lui reprochait d'aller un peu trop souvent voir ses parents pendant les vacances. Un dimanche il se mit dans une colère noire et lacera ses toiles en criant c'est de la merde, tu fais que de la merde, tu es une grosse merde et tu me pompe tout mon pognon pour faire de la merde.
Il y a quelques jours, nous avons commencé à regarder à la télé "une vie" de Maupassant. Nous n'avons pas eu le courage d'aller jusqu'au bout, trop triste. Je prendrai le roman à la bibliothèque pour connaitre la suite.