Disons que je suis une vieille peau. En plus je suis gravement, mais alors gravement malade. Alors je réfléchis, j'ai le temps. Je reflechis par exemple à l'amour.
Et bien, je me suis gravement plantée. Par rapport à la façon dont j'envisageais les choses quand j'avais mettons seize ans. L'importance que ça avait pour moi. J'y pensais sans arrêt, à l'amour. J'en attendais des révélations, des bonheurs, des jouissances à n'en plus finir . J'ai fais ce que j'ai voulu. J'ai eu des révélations, des bonheurs, des jouissances, oui, j'ai eu tout ce que j'attendais. Sauf que je suis passée à côté. D'abord parce que je n'ai jamais aimé personne, ensuite parce que j'ai tout saccagé. Et puis de toutes les façons voilà comment ça se passait : je m'en foutais un peu des mecs, je pensais pas à eux, et puis paf, tout d'un coup, je tombais amoureuse, mettons, d'Alfred. Ah ! Alfred ! Alfred ! Mon activité cérébrale semblait se résumer soudain à cela : Alfred ! Alfred ! Oh, oui, Alfred !
A partir de là, de deux choses l'une, soit Alfred marchait dans la combine, soit il ne marchait pas. Si il ne marchait pas, il me fallait six mois pour m'en remettre, si il marchait, il s'en suivait des corps à corps furieux et réjouissants, jusqu'au jour ou l'un des deux se lassait. Un an plus tard, je ne pensais plus à Alfred que comme à un crétin quelconque.
Au bout de quelques années, le processus c'était si bien rodé, qu'il finissait par y avoir plusieurs Alfred à la fois et que je me mélangeais un peu les pinceaux. Attention, il y a eu beaucoup de larmes aussi, les Alfreds n"était pas toujours tendres loin de là, mais on s'aperçoit que les plus brûlants chagrins passent très bien, avec un peu de temps.
Puis j'ai commencé à en avoir mare. De m'envoyer en l'air avec Pierre Paul et Jacques. Qu'est ce que j'ai décidé? de me mettre avec un seul, et basta, et que maintenant j'allais penser à autre chose. Je voulais lire, apprendre. D'après moi, l'amour n'avait plus rien à m'apporter. J'en avais fais le tour, et ça finissait par devenir ennuyeux.
J'ai eu deux enfants avec un homme, je suis restée dix huit ans avec lui. Fidèle, alors que lui ne l'était pas. Et puis petit à petit, j'ai commencé à ne plus le supporter. Nous sommes donc séparés.
Et là, ça a été terrible. Non pas le chagrin que j'aurais eu de cet homme là en particulier, je ne l'aimais plus. Mais un profond chagrin, la perte de l'idée que j'avais de la vie et de l'amour. Comme si tout était détruit, comme si j'étais toujours passée à côté de tout, et qu'il ne restait dans mon coeur, que des cendres.
Mais c'était faux. Parce qu'en fait j'ai beaucoup aimé, même si j'ai aimé un peu n'importe comment, et j'ai beaucoup été aimée, je le sais. Mais comment, dire, par petits bouts, ce qui n'est pas si grave. Des fois, pas du tout comme on pense. Des fois en échangeant un sourire, des fois en faisant plaisir à un ou une amie, ou en rendant service, ou en écoutant quelqu'un pleurer que personne ne l'aime, patiemment, sans le juger. Des fois en ne disant rien, des fois en riant, des fois, en courant dans la rue, des fois, en nageant, même des fois, en faisant l'amour.
Maintenant, je n'ai plus du tout envie de vivre avec un homme. Ce qui me saoule, ce sont les arrangement économico sexuels, et puis je suis beaucoup trop égoiste. J'aime trop la solitude.
Mais je ne suis pas triste au sujet de l'amour.
En effet, l'inanité de l'amour et l'amertume qu'elle déclenche sont en train de déchirer notre société. Mais qu'y faire? Parfois, mieux vaut accepter le bandeau sur nos yeux,pour avoir ne serait-ce que l'illusion d'être heureux. Renoncr à ses principes, renoncer à ses idées, renoncer à son être. peut-être. Mais j'essaierais plus tard, autant chercher ailleurs que la multitude....
Mêmesilecheminverscette soi-disant vérité que je recherche est aride....
j'ai revu "il postino"; dans ce film le poète chilien Pablo Neruda est en exil dans une petite ile d'italie. Un fils de pêcheur allergique à la mer trouve enfin un emploi: employé de poste chargé de porter à PB son abondant courrier. Il grimpe tous les jours à vélo jusqu'à la villa haut perchée. C'est un être curieux, sensible et persévérant. Il va réussir à apprivoiser le grand Neruda. La poésie et l'amour seront les passerelles. Il postino est malade d'amour et ne veut surtout pas guérir; il veut rester malade. Il veut que PB lui apprenne la poésie. Il sait que la poésie va lui permettre de décocher son amour...
J'ai le dvd à ta disposition.