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Nom du blog :
marchesurunfil
Description du blog :
littérature
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
01.11.2007
Dernière mise à jour :
20.01.2008
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le café du foot

Posté le 22.12.2007 par marchesurunfil
A Montluçon les Montmirail, il y avait une piscine Municipale, avec un grand bassin , un petit bain, une fosse à plongeon, et en été, on y allait tous les jours, avec ma copine Annie , et qu'est ce qu'on aurait bien pu faire d'autre, bien sur il y avait aussi un musé, mais celui là on l'avait déjà visité plusieurs fois, une très belle église avec des vitraux remarquables, un cinéma avec une séance d'art et d'essai par semaine, bon, mais la piscine, c'était encore ce qu'il y avait de mieux.
Après la piscine, on allait au café du foot. C'était Annie qui m' entraînait la bas. Moi je le disais pas à mes parents, que j'allais au café du foot, boire des demis panaché le vendredi, avec ma copine Annie qui était une petite rigolotte. Ils auraient pas aimé, parce que j'étais trop jeune, et que le vendredi soir, les gars du foot, ils étaient complètement bourrés. Ils étaient gentils. Ils étaient même assez jolis dans l'ensemble. Mais ils étaient bourrés.
Au fond moi ça m'était égal aprés tout, puisqu'ils étaient gentils, que c'était pas des types arrogants, non, c'étaient des ouvriers quoi, avec des bonnes bouilles et ils avaient bon coeurs. Je passais de bons moments avec eux, on rigolait bien, et puis à six heure et demie je reprennait mon vélo et je rentrais chez moi. Eux ils continuaient à boire et à boire, jusqu'à je ne sais pas quelle heure, et ils recommençaient le samedi soir. Le dimanche ils se racontaient les conneries qu'ils avaient faites quand ils étaient bourés et le lundi ils retournaient bosser.
Un dimanche après midi, ils nous ont invité, Annie et moi, à aller nous baigner avec eux dans une espèce de lac des environs, et on y est allées. C'était un beau dimanche radieux à la campagne, on riaient bien tous, et on s'est jeté à l'eau.
Et tout d'un coup s'est arrivé. C'était terrible. Il y en a un qui a plongé, juste à côté de moi, et puis il est pas remonté à la surface. Personne ne faisait attention. Mais moi j'ai vu son corps qui remontait, mais la tête restait sous l'eau. Alors j'ai soulevé sa tête, et là j'ai vu que sa boite cranienne s'était ouverte et qu'on voyait sa cervelle. Il s'était cogné la tête au fond sur un caillou, en plongeant. Je me rappelle que je l'ai pris dans mes bras pour qu'il respire bien et j'ai appelé au secour. Il était tout recroquevillé sur lui même comme un foetus Mais il semble que tout était très lent, et que personne ne reagissait comme il aurait fallut.
Il y avait des maitre nageur à cette baignade mais ils ont eu l'air de pas trouver ça grave ce qu'il lui était arrivé, moi je disait il faut appeler le samu il faut appeler le samu mais personne ne m'écoutait parce que j'étais trop jeune. Ils sont allés cherche un docteur qui habitait dans le village. Le docteur a été long à venir. Quand il est arrivé il a appelé l'hopital de Montluçon les Montmiral, mais c'était pas ça qu'il fallait faire, car une fois qu'il a été à l'hopital de Montluçon les Montmirail, ils ont du le transférer en helicoptère dans un gros hopital, et finalement c'était trop tard, et le gars, il est resté paralysé à vie.

Ca m'a pas fait rire. Si les maitres nageurs n'avaient pas été des abrutis, le type, il s'en serait sorti beaucoup mieux.




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suicide manqué

Posté le 13.12.2007 par marchesurunfil
Marie Christine avait décidé de se suicider le jour de ses vingts ans. Son amour était mort l'année précedente dans un accident de moto et elle ne voulait lui survivre plus longtemps. S'en était fait de cette vie trop amère, ou le bonheur vous échappe et vous laisse seule et glacée dans une nuit sans échos ni tendresse.
Malgré tout, Marie Christine aimait bien faire la fête, s'amuser. Quand même, à cet age, c'est bien naturel. Aussi avait elle décidé de passer les quelques deux mois qui lui restaient à vivre à faire une bombe de tous les diables. D'abord, elle n'hésita plus à s'acheter tout ce qui lui faisait plaisir. Des vêtements, des disques, des livres, des sorties au restaurant et en boite, elle buvait, mangeait tout ce qui lui faisait plaisir, sortait avec tous les types qui passaient par là. Peu importe l'argent, peu importe sa carte de crédit qui accumulait des sommes de plus en plus importantes, puisqu'elle allait mourir, qu'est ce que ça pouvait bien faire ?
Elle s'amusa tant, finalement, que le jour de ses vingts ans, elle n'avait plus trop envie de rejoindre l'âme soeur dans le royaume des ombres. Finalement, elle ne se sentait pas si mal sur le plancher des vaches, maintenant qu'elle l'avait garni de quelques paillettes. Elle voulait vivre et faire la fête, aussi longtemps qu'elle le pourrait.
Restait son découvert à la banque. C'est moi qui l'accompagnait car c'était ma camarade. Il fallut tout expliquer au banquier, et faire un accord de remboursement que je cautionnais. Il faudrait bien sûr un peu restreindre les dépenses, mais quand on est deux et qu'on a vingt ans, il n'est pas si difficile de s'en payer une tranche, sans pour cela dépenser des millions.

les vitraux

Posté le 13.12.2007 par marchesurunfil
J'avais quinze ans et une grande amie qui était plus agée que moi et que j'admirais. Elle était maître nageur à la piscine de Montluçon-les-Montmirails, et elle avait un amant, ce qui m'impressionnait beaucoup évidemment, cet amant étant maître verrier de profession. Un artiste donc. Quasiment un extra terrestre. C'était follement interessant.
Or, cette amie s'était mis en tête de réaliser un projet de nature à plaire à son amant. A l'église de Montluçon-les-Montmirails, il y avait de forts beaux vitraux, mais sur l'aîle droite certains étaient abîmés, et à un endroit, un pan entier était carrément en train de tomber. Un scandale.
Voici donc ce qu'avait projeté mon amie. Elle et moi allions nuitemment récuperer ce chef d'oeuvre en péril pour le confier aux bons soins du maître verrier qui pourrait alors le restaurer.
Je trouvais cette idée tout à fait formidable.
Un soir très tard donc, nous arrivâmes devant l'église dans une petite deux chevaux camionette, et tranquilement, nous rentrâmes dans le cloître avec une echelle. Pas génées en fait. Plutôt avec le fou rire. Je ne sais plus trop comment nous arrivâmes à attraper les vitraux sans les faire tomber ni nous les prendre sur le nez, c'était lourd et périlleux, complètement dingue et dangereux, surtout avec ce fou rire qui ne nous lachait plus. Quelle farce mes amis !
Nous sommes ressorties du cloître avec les vitraux, en faisant le guet quand même, pour essayer de passer à un moment où il n'y aurait personne. Puis hop, tout fût enfourné dans la deux chevaux camionette, avec l'echelle qui dépassait et des tendeurs pour tenir le coffre fermé, et les vitraux fûrent remis au Maître verrier en question, qui dut, je suppose, être enchanté, enfin j'espère tout du moins qu'ils furent bien restaurés.
Nous avions bien ris. Le lendemain, en ouvrant le journal, j'eus la surprise de voir en gros titre ( enfin, pas le plus gros titre, mais un titre tout de même assez gros, en première page ). « Des Vitraux ont étés volés dans l'église de Montluçon-les-Montmirails » suivait un article que je lus avec la gorge serrée. Tout d'un coup, je calculais, avec une sueur froide qui me coulait le long du coup. Est ce qu'on nous avait vues ? Je ne pensais pas. Non, par chance, on ne nous avait pas vues, j'en était sûre. Donc, si on ne nous avait pas vues, je ne risquais absolument rien. Aucune chance qu'on nous retrouve. Je respirai un peu mieux. J'étais en colère. Pas contre mon amie, contre moi. Je réalisais ma sottise et mon aveuglement. N'importe quoi. C'était n'importe quoi. Tout ça pour ce connard de Maitre verrier, tu parles. La seule chose à faire maintenant, c'était de se la boucler. Ne parler de ça à personne.


politique blues

Posté le 09.12.2007 par marchesurunfil
Moi je crois qu'on a été une génération de tarés et qu'on s'est laissé manipuler de A jusqu'à Z;
Manipulés par qui ?
Par le pouvoir, par les médias.
Et dans quel but ?
Nous aveugler, et pendant ce temps, toutes les forces révolutionnaires de la société ont disparues
Et comment nous ont ils manipulés ?.
Avec des trucs comme les Rolling stones. Tu sais, Y can get Know, satisfaction. La satisfaction, n'importe laquelle, sexe and drogue and rock an roll, tout de suite, jouir, n'importe comment, c'est une idée pernitieuse, destructrice. Parce que ce qui est constructeur, c'est la rencontre, l'évènement, l'imprévisible, l'espèrance. La satisfaction, c'est de la merde. Y'a qu'à voir, Mick Jaguer, il est devenu lord d'angleterre. Y'a qu'à voir. Moi je crois qu'il a été soutenu par des forces d'extrème droite pour coller des idées perniteuses dans la tête des jeunes.
Tu crois que c'est aussi simple ?
Oui, aussi simple, peut être que c'est faux, mais c'est vrai quand même. Ca crève les yeux. Je m'en fou que je puisse pas prouver ce que je dis, je m'en fou même que ce soit faux. Je m'en fou.
C'est vrai. De toutes les façons tu peux bien dire n'importe quoi, ça n'a aucune importance. C'est un peu comme les alcooliques qui refont le monde, au bar.
C'est vrai.D'ailleurs, je suis alcoolique, et je passe mes journées dans les bars.
....
Et tu sais quoi ? Je crois que Mittérand, c'était un seigneur du côté obscur de la force. En fait c'est lui qui a complètement détruit la gauche. La gauche, après Mittérand c'est un champs de ruine.
A moins que tu te gourres complètement. Moi j'ai lu un pollard, je vais te le passer, c'est un agent secrêt russe. Il est agent littéraire, en France, très connu, très aprécié, et il a des positions très subversives, tu vois, il défend les trucs les plus décadents qu'il peut trouver. Mais il est pas défendu par l'extrème droite, il est soutenu par les communistes.
Ouais, peut être bien, mais les communistes aujourd'hui, ça m'étonnerait qu'ils nous envoient ce genre d'agents, ils essaient juste de garder quelques postes de députés à la Douma. Globalement, au niveau Mondial, c'est plutot la droite libérale qui gagne, non ?
Oui, et alors, une fois que t'as dis tout ça, qu'est ce que tu fais, maintenant ?
Qu'est ce que tu veux que je fasse, moi. J'essaie juste de comprendre un peu ce qui se passe, c'est une question de survie. Tu vois la hausse de l'immobilier, et bien la hausse de l'immobilier, c'est un tiers des revenus des pauvres qui rentre directement dans la poche des riches par le biais des loyers. C'est diabolique. C'est immonde.
Y'a qu'a travailler plus pour gagner plus !
Rigole, il a pas complètement tord, Sarkosy, de dire qu'il faut revaloriser la valeur du travail, moi je suis d'accord avec ça. Malgré tout, ça me fait moins chier justement que les types qui prétendent qu'il y qu'a rien foutre et attendre que le gouvernement paye, et dire que le gouvernement est un gros méchant s'il ne paye pas. Le problème c'est que c'est pas normal, mais pas normal du tout, que quelqu'un qui bosse ne puisse pas se trouver un logement, ne puisse pas vivre décemment, tout ça parce qu'il y a des gros salauds qui s'en foutent plein les fouilles.Et qui en veulent toujours plus, et toujours plus.
Dis moi, toi, tu m'a pas dis que tu avais acheté des studios quand c'était pas cher, et que maintenant tu les loues ?
Oui mais moi, c'est pas pareil. Je suis pas un gros salaud. J'ai acheté pas cher, et bien, je loue pas cher, enfin, pas tout à fait aussi cher que les autres.

pourquoi pas le bonheur

Posté le 09.12.2007 par marchesurunfil
Le camping car est garé au bout d'un petit chemin dans les bois, au milieu des herbes folles, des reines des prés, des boutons d'or. La rosée n'a pas fini de sécher, et le soleil ( de la montagne fière ) luit. A la fois chaud et tendre.
Assis sur des buches, prennant notre petit déjeuner, nous contemplons le mont Ventoux, et les contreforts du Lubéron.
Dans le camion, devenu sanctuaire, bébé dort, dans son petit lit auto. Alors pourquoi ne pas être heureux ? Pourquoi ne pas croire à l'avenir ? Pourquoi ne pas faire confiance à la main de l'homme qui vous accompagne ?
Quand il est né, le divine enfant, il était midi vingt. Avec lui est venue une incroyable odeur de fleur, je vous jure, celle là même, d'odeur qui doit certainement être la fameuse odeur de sainteté. Vous n'allez pas me croire, allez, elle exagère. Toutes les mères, quand elles parlent de leur enfant, franchement, ça fait sourire .Et pourtant c'est vrai, on se serait cru chez le fleuriste quand il est sorti de moi. Il ressemblait trait pour trait à son grand père. Même visage ridé, même cheveux coiffés en arrière, même nez un peu fort, c'est vrai, c'était comique. Et pourtant, tout de suite, c'était lui, et son père était là qui me tenait la main.
Certains événement en imposent à votre vie et transforment tout. Je n'étais plus là même, il faut me comprendre, je n'étais plus qu'une jeune femme heureuse qui donne son premier bain à son nourrisson sous les regards obsurs des caméras familiales. Heureuse, et inquiète. Le papa nous transporte dans sa hutte à roulette et nous fait gravir toutes les montagnes avoisinantes, roule, roule, le petit camping car, comme il est fier, le papa, au volant de son véhicule. Nous franchissons des ponts et des rivières, des villages et des collines, la Provence est à nous dans tous ses soleils de printemps. Et la Camargue avec ses flamands roses par milliers. Et le soleil qui se couche sur le sel des Salins de Giraud, la lagune est rose mon amour et ma joie, et la digue à la mer et la plage de Beauduc, et le sable et la mer, et la montagne et la lumière.
Le bébé. Le Touloulou. Il a dit arrre, il bave, il a bu son biberon, il marche à quatre patte. Nous étions si heureux, son père et moi, d'avoir un enfant.
C'était le bonheur. C'est comme ça le bonheur. Ca arrive.

Ca suffit comme ça

Posté le 06.12.2007 par marchesurunfil
Elle rentra chez elle à la nuit tombée. Elle avait besoin de refléchir, de reprendre ses esprits. Cet après midi elle avait rencontré un type et elle avait couché avec lui. Ils s'étaient envoyés en l'air comme des malades pendant de longues heures. On peut dire qu'elle avait pris son pied.
Et bien ça suffisait comme ça. Puisqu'elle arrivait maintenant à prendre son pied avec un type qu'elle ne connaissait pas et dont elle n'avait rien à faire, ça suffisait comme ça. Ca n'avait aucun interêt. Ca devenait comme la drogue, l'alcool ou n'importe quoi ( sauf que c'était quand même plus drôle ). Y'en a qui s'accrochaient. Comme cette pauvre femme. Une jeune femme mariée et mère de deux enfants qui avait été séduite pas un comédien de passage. Elle avait tout plaqué pour lui la pauvre folle. En fait le type il n'en avait rien à faire d'elle, et elle, elle était de plus en plus misérable, elle pouvait pas passer une nuit sans mettre un type dans son lit, et à la fin elle s'était suicidée. Bon, ça ça risquait pas de lui arriver à elle. Peu de chance qu'elle se suicide ou qu'elle aille quémander un type pour mettre dans son lit.
Mais de toute les façon elle allait mettre un terme à cette vie de n'importe quoi qui menait nulle part. De toute les façon le théâtre, c'était bien joli mais ce milieu dans lequel elle était lui sortait par les yeux. Cette compagnie de théâtre, c'était qu'une bande de machos qui se prennaient pour les rolings stones. Oui effectivement, si on voulait apprendre à s'envoyer en l'air, on trouvait à qui parler. C'était dejà ça remarquez. Le problème c'est qu'en dehors de ça, y avait pas grand chose d'autre à en tirer.
Elle allait mettre les bouts. Elle avait appris tout ce qu'elle pouvait apprendre ici. Elle allait prendre un boulot, se trouver un mec, un seul ça suffirait, et elle étudierait. Et puis plus tard, quand elle se sentirait prête, elle écrirait. Elle voyait pas autre chose qui pourrait valoir la peine de vivre.
Libération sexuelle mon oeil. Qu'elle génération de débiles. Sexe and drogue and rock and roll. Et les mecs alors, intolérants en plus, dans cette compagnie de machos, y'a une nana qui a trompé son mec, et bien ils l'ont carrément virées de la compagnie, alors qu'eux ils ne s'arrêtent pas de tromper leur nanas.
Rien à foutre de tout ça. Elle ferait ce qu'elle aurait à faire, et ne s'occuperait pas des autres. Son mec, elle lui serait fidèle, et tant pis pour lui si lui la trompait, ce serait ses oignons à lui pas les siens. Le principal, c'était qu'elle puisse faire ce qu'elle voulait. Acquérir la connaissance, se mettre à écrire.

le grand rapide de paris

Posté le 06.12.2007 par marchesurunfil
C'est un jour d'automne, froid et pluvieux. Je suis en vacances chez ma grand mère, Mahou, pour les vacances de la Toussaint. J'ai lu les aventures de Sylvain et Sylvette, j'ai fais des dessins, découpé des magazines, j'ai regardé de vieille photo de famille. Cette après midi, Mahou va m'emmener à la garre, pour voir passer le grand rapide de Paris. On se mettra sur le pont, on aura une vue plongeante, ce sera très bien. Mahou est très à son affaire. Elle consulte son grand horaire des chemins de fer Français. C'est un gros livre jaune très compliqué, qu'il faut étudier avec application si on ne veut pas louper l'affreux petit astérix qui vous informe que justement, ce jour là, ce train qui circule régulièrement toute l'année ne fonctionne pas. Mais Mahou en connait un rayon en la matière, et elle determine avec précision que le grand rapide de Paris passera à 14 h 45 à la Gare de Meudon , voie B, et sans s'arrêter s'il vous plait.
Il ne s'agit pas de traîner. Ni de prendre un rhume. Il faut se couvrir comme il faut. Prendre le parapluie. Consulter la pendule tout en sachant que cette coquine de pendule a trois minutes d'avance, afin de preserver ceux qui ont l' habitude de partir toujours un peu en retard !
Nous sortons. Vaillantes, malgré la pluie et le froid. Nous partons à l'aventure. Nous bravons les éléments. Elle, si petite et menue qui marche à grands pas, et moi qui la suit, séduite par son énergie, par sa bravoure, par toutes ces histoires qu'elle me raconte. Avec grand mère, le monde est passionnant, magique, épatant.
Nous arrivons sur le pont, avec juste quelques minutes d'avance. Le temps d'attendre un petit peu quand même, le temps de l'espérer ce train, pour pouvoir apprécier de le deviner au loin, de le voir s'approcher à toute vitesse, et passer sous le pont comme une bombe, sans même ralentir au passage de la garre. Le voilà. Le plaisir est court, pas très intense, mais qu'elle importance ?
Le vent s'est rué sur le pont et le parapluie se retourne. Le parapluie se casse, le vent fait rage. Mais Mahou sort de son sac de ces petits plastiques plissés qu'on se met sur la tête pour se proteger de la pluie. Nous rions, nous courons, nous sommes heureuses dans la pluie et le vent avec nos plastiques sur la tête. Nous allons rentrer nous mettre à l'abri, elle va me faire du chocolat chaud, que je mangerais avec des gateaux un tout petit peu ramollis qui sortirons de la boite de fer blanc.
Puis nous regarderons longuement, par l'oeil de boeuf, Paris, qui s'éclairera lentement dans le crépuscule
Il y a comme ça certaines journées de pluie qui ont un goût de bonheur, un goût de victoire. On ne les oublie pas.

la bouteille d'ether

Posté le 01.12.2007 par marchesurunfil
Tous les trois, ils étaient plus ou moins affalés sur la moquette. Il y avait Vincent, Jean Charles et Anick. Ils étaient répugants. Ca puait l'éther là dedans, y'avait de quoi vomir. Moi j'étais à côté, dans la cuisinne, en train de réviser mon partiel de math pour le lendemain. Ils me faisaient chier à la fin. Ils se défonçaient de plus en plus, et c'était de plus en plus trash. Et puis le week end ils allaient se faire refaire une petite santé chez papa et maman. Moi je restais là, à Tour, dans mon appart pourri, en compagnie de mes chers mathématiques.
Au debut, ils fumaient quoi ? Du shit. Passe encore, à part que je n'aimais pas ça. Mais je les aimaient, eux. J'aimais Vincent depuis longtemps, et Jean Charles aussi je l'aimais, bien que ce soit différent, et Annick aussi.C'étaient mes amis.
Il y avait eu la fois où Jean Charles était arrivé en pleine nuit chez nous, dans un état épouvantable après avoir pris un acide. On était là à lui tenir la main et à lui passer un gant sur le visage, en espèrant que ça passe, et à deux doigts d'appeler les pompiers. Il y avait eu des fois où on s'était bien amusé ensembles aussi, à faire des virées de fous, la nuit, à délirer comme des malades. Et puis ça faisait mille ans qu'on se connaissaient, depuis le debut du lycée, mille ans d'enfance et d'adolescence partagée.
Mais là, quand j'ai ouvert la porte de la chambre, et qu'ils étaient tous les trois, les yeux vitreux, en train de ramper, et Anick a rampé vers moi avec la bouteille d'éther, et je me rappellerai toujours son expression quand elle a tendu la bouteille vers moi en disant « tu en veux ? », ça m'a dégouté profondemment, je leur en ai voulu violemment, cette fois là je ne pourrai plus leur pardonner ça. Tout le reste je me disais que j'étais peut être un peu trop puritaine, qu'il fallait bien que jeunesse se passe, que je les aimais, que c'était mes potes, mais en fait c'était pas mes potes, c'était les potes à la bouteille d'éther, et moi j'étais seule.Qu'est ce que je foutais là ?
C'était bien parce qu'on fond j'étais seule que je passais mes week end dans cet appartement à la moquette rouge sang, avec le matelas par terre à même le sol, et les murs que j'avais décoré en découpant des photos dans un journal, des photos invraissemblablement laides et déprimantes. Je mangeais au restaurant universitaire, mais j'avais encore faim, et comme je ne savais pas faire la cuisinne, je mangeais d'énormes ventrées de Quaquer Oats, ce qui me donnait mal à l'estomac.
Qu'est ce que je savais faire à l'époque à par mes études ? Rien. J'étais perdue, plus rien n'avais de sens, il fallait juste que je m'en aille d'ici, je ne pouvais plus rester avec eux, je ne pouvais pas non plus retourner chez mes parents.
C'est comme ça que je me suis retrouvée dans une improbable aventure de théâtre école, à Lyon. Pourquoi le théâtre ? Pour rien. Pourquoi pas n'importe quoi ? Je pensais que malgré tout, ça devrait être plus marrant que de réviser des partiels de mathématiques avec juste à côté une bande de gus en train de se défoncer à l'ether. C'est vrai, l'un dans l'autre, ça valait quand même nettement mieux. Dans la vie, faut quand même pas être trop mazo.

le touriste belge

Posté le 01.12.2007 par marchesurunfil
Il était neuf heure et demie du matin. C'était dans une de ces rues piétonnes populeuses du centre ville. Les gens déambulaient dans une sorte de torpeur due à la poussière et au grondement sourd et insistant de la ville. Une grosse cylindrée est apparue, qui s'est tanquée au beau milieu de la chaussée, et s'est mise à klaxoner. Le conducteur était un type d'une cinquantaine d'année, gras, rubicon, avec un air de touriste belge qui aurait réussi dans la vie. Il klaxonna une fois, deux fois trois fois, longuement, avec insistance.
J'étais en train de boire un café en lisant mon journal. Alors ça m'a ennervé à la fin. Je me suis approchée de sa caisse, j'ai tapé dessus ( pas très fort, avec le plat de la main ), et j'ai crié au type : « Ca va pas la tête de klaxonner comme ça ?»
Aussitôt, tous les gens de la rue se sont attroupés autour de la bagnole et ont commencé à taper dessus. On aurait dit qu'ils n'attendaient que ça depuis des années, que quelqu'un leur donne un signal. Ils ont même commencé à salement secouer la voiture avec le type dedans. Et vue la tête qu'ils ont les gens dans ce quartier, le conducteur, il commençait à changer de couleur.
Une femme hirsute est sortie comme une folle d'un immeuble, en tongue, et elle a commencé à donner des coups de pieds dans les portières.
J'ai trouvé ça un peu exagéré. J'ai crié à la cantonade, mais comme dans un rêve, comme si je jouais un rôle dans un film, comme si ce n'était pas de moi qu'il s'agissait, j'ai crié avec l'accent Marseillais, je ne sais pas pourquoi, d'habitude je n'ai pas l'accent Marseillais, mais il faut croire que si, en fait, je l'ai, des fois il sort, alors que ne m'y attends pas, alors j'ai crié pour que tout le monde m'entende bien : « Oh, ça va, on va pas le tuer quand même » Alors ils ont disparus. Ils se sont volatilisés, la femme en tongue et les autres, et la voiture aussi, elle a disparue sans demander son reste..
C'était un événement bizare, fluide, incontrôlable, décidé par personne, un truc comme de l'electricité, j'avais été prise dedans, j'y avais même joué un rôle, mais pas un rôle controlé. C'était rigolo, mais un peu dangereux. Pas vraiment, là, pas vraiment dangereux. En fait à un moment donné, tout le monde à envie qu'il se passe quelquechose, n'importe quoi.. Moi aussi. En fait, c'était pour rigoler. Moi et les gens de la rue, comme ça, on s'était un peu payé la tête de ce gros touriste belge, histoire de le faire flipper deux secondes, et qu'il comprenne bien que quand même, il était à Marseille.

identification

Posté le 01.12.2007 par marchesurunfil
Lucy était la plus charmante des amies qu'elle n'ait jamais eue. Elle était très jolie, avec un corps plantureux et une tête assez gracile. Elle avait des cheveux bruns qui bouclaient autour de sa tête, des yeux bleux, et des lèvres assez grosses et roses pâles. Et puis elle était toujours gaie, et coquine, mais jamais méchante, toujours prête à faire les quatre cents coups, à s'embarquer dans des aventures farfelues.
Pendant le mois de septembre, Fred, l'ami de Lucy qui était comédien, était parti en tournée, et Christine avait habité chez Lucy.
Elles échangeaient toutes leurs affaires, leurs pullovers, leurs parfums, leurs sac à main. Elles sortaient tous les soirs, faisaient la bamboula et tout était pretexte à fou rire. Les danses, les femmes, les hommes, les ragots.
Christinne s'ennivrait de Lucy. De son odeur, de sa personnalité. D'habiter dans son appartement, des porter ses vêtements. Car il lui semblait que Lucy était beaucoup mieux qu'elle. Beaucoup plus féminine, beaucoup plus expérimentée, beaucoup plus sensuelle. Au fond, elle essayait de devenir Lucy. Comme Lucy. Absorber Lucy dans sa quintescence.
Et puis Fred est rentré de tournée et Christine dû retourner chez elle.. Alors là, il arriva un truc bizare. Par hasard, elle rencontra Fred dans un café un après midi, et ils se mirent à discuter. De fil en aiguille, Fred suivit Christinne dans son studio et ils se jetèrent l'un sur l'autre avec frénésie. Il s'en suivit ce qu'on appelle couramment et assez vulgairement : « une mémorable partie de jambes en l'air ».
Le lendemain, Christinne se sentait honteuse, évidemment. Ce n'était pas le genre de chose qu'elle faisait, de se taper les mecs de ses copines, elle avait toujours trouvé ça lamentable.
Pourtant, elle ne regrettait pas. Tant pis si Lucy lui en voulait. De Lucy maintenant, Christinne avait tout testé. Lucy lui appartenait à jamais. Et Fred aussi. Elle les avait scanés dans sa tête.
Elle s'éloigna d'eux. Décidant de leur foutre la paix. Comment faire autrement ?
Pourtant, elle les aima longtemps, longtemps. Tous les deux. Lucy, et Fred.
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